Les contentions

Depuis le manchon sur le bras qui tirait d’Allen Iverson aux chaussettes hautes des marathoniens, il existe foison de vêtements de compression pour toutes sortes de sportifs de nos jours. Mais les habits de compression ont fait du chemin depuis la vague des lycras multicolores qui inondaient les salles de gym dans les années 1980. Inspirés des bas de contention utilisés par les personnes souffrant de retour veineux, ils font maintenant partie de l’équipement du coureur.

À quoi servent ces équipements ? Sont-ils vraiment indispensables ? Faut-il les utiliser avant, pendant ou après l’effort ?

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Petits rappels physiologiques sur le retour veineux

Les veines sont à la fois des réservoirs de sang et la voie de passage du sang retournant au cœur. Plusieurs mécanismes rentrent en jeu pour permettre le retour veineux :

La pression : À son arrivée dans les veinules, la pression moyenne du sang est de 17 mmHg. Dans l’oreillette (partie du cœur où le « sang veineux » entre), la pression est voisine de 0 mmHg. Cette différence de pression favorise le retour veineux ;

La vasoconstriction sous l’effet du système sympathique (système autonome) qui est actif lors de l’exercice physique ;

La contraction des muscles : Les veines profondes des membres sont entourées de muscles de sorte qu’elles sont comprimées par la contraction de ceux-ci. Cette action de pompe, à juste titre appelée « pompe musculaire » et l’un des facteurs le plus importants afin de faciliter le retour veineux.

Les valves « anti-reflux » : Elles sont espacées de 2-4 cm dans les veines et permettent d’empêcher le sang de « redescendre » sous l’effet de la gravité. Ces valves laissent passer le sang en direction du cœur et s’opposent à son reflux (1)

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Les contentions : bénéfique pour la récupération ? Un atout pour doper ses performances sportives ?

Une récente analyse, parue dans l’International Journal of Sports Physiology and Performance (Jan 2013) fait le point sur toutes les études parues sur le sujet (423 études passées au crible) (2).

Aucun effet sur la performance

Quels que soient le type de compression et l’échantillon de sportifs étudiés, aucune amélioration réelle significative de la performance n’a été constatée pendant un exercice sportif, plus particulièrement en ce qui nous concerne, sur un entraînement en course à pied. Il est parfois évoqué par certaines marques, une diminution de la fréquence cardiaque à effort identique.

 

Aucune étude scientifique valide n’a pu le confirmer. Quelques études ont mis en évidence une très légère amélioration de la durée d’effort maximale possible à VO2 Max mais dans des proportions tellement faibles qu’on ne peut parler d’amélioration de la performance.

Reste le facteur psychologique, mais, d’après les auteurs de l’étude, on ne constate généralement aucune différence d’impression de fatigue après un effort réalisé avec et sans élément de compression.

Encore du grain à moudre

On entend également souvent que la compression permet de réduire les oscillations des muscles, notamment des jambes, pendant l’effort, ce qui diminuerait la fatigue (voir le paragraphe précédent) et réduirait les risques de blessures. Sur ce sujet, les auteurs de l’étude n’ont pas trouvé de conclusion définitive et même mis en évidence un paradoxe : le niveau de compression nécessaire à une réduction optimale des oscillations serait supérieur à celui admissible pour « favoriser le retour veineux ». Le serpent qui se mord la queue en quelque sorte.

Favoriser le retour veineux : c’est l’argument de vente numéro un des fabricants de chaussettes et de manchons mollets. Une compression bien dosée aurait effectivement comme conséquence de favoriser la circulation du sang veineux vers le cœur et, ce faisant, d’améliorer l’évacuation des lactates et l’apport de nutriments, mais toujours sans effet sur la performance pendant l’exercice.

Arnaud Ménétrier

Arnaud Ménétrier, responsable scientifique chez compressport

J’ai publié quelques études sur la compression dans des revues scientifiques internationales. Beaucoup de marques parlent d’amélioration du retour veineux à l’effort. On peut presque dire que c’est de la publicité mensongère. On sait depuis longtemps que l’effet de la compression à l’effort est faible, car les muscles appuient suffisamment sur les veines pour optimiser ce retour veineux. Ce que l’on avance plutôt, c’est la réduction des vibrations musculaires pendant l’effort. Quand le pied va impacter le sol, il va y avoir un choc et une oscillation du muscle. C’est ce qui crée des microlésions. » (3)

Un effet avéré sur la récupération et la proprioception

L’effet de la compression sur la récupération n’est plus à démontrer, ce que les auteurs de l’étude ne contestent pas. Utilisée pendant les 24 ou les 48 heures qui suivent un exercice intense (et non pendant l’exercice) et pendant un temps assez long, on parle de 12 heures, la compression réduit la fatigue musculaire, favorise l’élimination des lactates et permet un retour plus rapide aux performances optimales. Par contre, si la compression n’est utilisée que pendant l’exercice, elle n’a aucun effet ou presque sur la récupération (mesures effectuées 24 heures après l’exercice).

 

Effet plus surprenant de la compression, elle améliorerait la proprioception, permettant au corps d’anticiper plus vite ses réactions et donc, sur des activités nécessitant de la rapidité (fractionnés courts par exemple) d’améliorer indirectement la… performance. Encore un autre paradoxe ! Là où on s’attendrait à ce que la compression améliore les performances en endurance, c’est en fait en sprint qu’elle en serait capable.

Les différents types d’équipements compressifs :

• Les manchons : il s’agit d’une compression au niveau du mollet et cheville utilisée lors de l’effort.

• Les chaussettes : idem que le manchon sauf que la compression ne s’arrête pas à la cheville, mais prend le pied. Elles sont utilisées en récupération.

• Les vêtements : tous les corsaires, short, cuissard, maillot… peuvent être compressif, car possèdent des fibres qui exercent une pression sur les muscles.

Encore du travail pour la science !

De nombreux coureurs, notamment en trail, ne peuvent plus s’entraîner sans enfiler leurs chaussettes hautes de compression ou leurs manchons mollets. Au vu des résultats de l’étude présentée, on peut se demander si c’est bien utile. En terme de récupération après course, des études prouvent qu’il y a un bénéfice à porter des chaussettes de compression.

Cependant, il reste tellement de zones d’ombre à éclaircir sur le sujet qu’on se gardera bien de porter un jugement définitif et on laisse à la Science, le soin de poursuivre son exploration du monde de la compression.

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Références

(1): Lauralee Sherwood. Physiologie humaine. 2ème ed: De Boech; 298-301; 2006.

(2): Dennis-Peter Born, Billy Sperlich, Hans-Christer Holmberg. Bringing Light into the Dark : Effects of Compression Clothing on Performance and Recovery ; 2013.

(3): Propos recueillis par Romuald Lepers, Hervé Hassadi. Compresser, c’est gagner ? Course-Santé-Forme Joggeur n°12 ; 89. 2015.

 

 

Aurélie COURNUT
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